2017/07/22 02:41

Histoires de Bretagne

Quelle que soit sa confession, nul ne peut ignorer l’importance qu’ont eu les Saints de Bretagne dans son histoire. Celle-ci, souvent mêlée à la légende, est indissociable de l’influence des Saints fondateurs venus de l’autre coté de la mer. Il y a eu aussi d’autres hommes illustres, gens d’arme et d’honneur qui ont défendu et façonné cette terre et c’est pourquoi leur souvenir est resté encore si vivant de nos jours.

C’est à travers ces hommes, qu’ils soient d’église ou de guerre, qu’Élisabeth Biays soulève ici un pan du voile de l’histoire de Bretagne, si passionnante pour tous les bretons, mais aussi aux touristes et curieux de notre belle région.

HISTOIRES   DE    BRETAGNE

par

Élisabeth BIAYS

LE TRO BREIZ

(Le tour de Bretagne en langue Bretonne)

Aux V° et VI° Siècles, des peuplades d’Europe centrale et de l’est, les Jutes et les Saxons, envahissent la Grande Bretagne. Les Bretons rassemblés autour de leurs chefs de guerre, Vortigen et Emrys, des Abbés de leurs monastères, et des prêtres de leurs paroisses, affluent par milliers sur les côtes d’Armorique. La figure d’Emrys sera reprise six siècles plus tard par la légende du roi Arthur.

Ces Bretons étaient de la même culture que les Armoricains, ils échangeaient déjà beaucoup entre eux, parlaient à peu près la même langue, vivaient de la mer. La fusion des deux peuples, s’est faite pacifiquement ou presque, ce qui est exceptionnel dans les annales de l’histoire. L’Armorique devient la Bretagne. L’établissement des Bretons en Armorique se fait d’autant mieux que les chefs incontestés des envahisseurs sont des moines pacificateurs et civilisateurs. Ils évangélisent la contrée et fondent les premiers évêchés d’Armorique. Ils deviennent des Saints vénérés.

St Samson fonde l’évêché de Dol, St Malo et St Brieuc ceux des cités du même nom, St Tugdual fonde celui de Tréguier où s’illustrera plus tard le grand St Yves, St Pol est le premier évêque de St Pol de Léon, St Corentin à Quimper, St Patern à Vannes fondent aussi chacun un évêché dans ces villes. Ces grandes figures ont la caractéristique d’être originaires du Pays de Galles, et d’avoir presque tous été moines de St Iltud. Abbé du plus important monastère de cette région.

Au même moment, (V° et VI° siècle), la Gaule est envahie par les Francs. Elle va devenir la France. Mérovée, son fils Childéric et son petit-fils Clovis s’établissent en Gaule. Clovis laisse les Bretons occuper l’Armorique. Il traite avec Emrys en 497. Celui-ci est aidé par le clergé de l’église catholique, en particulier les fondateurs d’évêchés. La bataille de Tolbiac (1) a lieu en 496. L’année suivante Clovis se fait baptiser par Saint Rémi, évêque de Reims. Il semble bien que Rémi connaissait plusieurs évêques, en particulier Melaine, évêque de Rennes, Samson de Dol, et Patern de Vannes.

A partir du X° siècle, les grands pèlerinages à St Jacques de Compostelle, au Puy, à Rome, et à Jérusalem, attirent des foules de fidèles pieux voulant honorer des lieux Saints. Certains Bretons d’Armorique ont alors l’idée de se rendre dans les villes où des Saints moines avaient fondé des évêchés. Ainsi est né le « Tro-Breiz, » le tour des sept Saints fondateurs de Bretagne. (2)

Les pèlerins organisent des itinéraires, des lieux d’accueils entre les villes. Ils composent des cantiques à chanter, des prières à réciter le long de la route et dans les sanctuaires.

Les chapitres suivants vous donneront de plus amples renseignements sur quelques uns des Sept Saints fondateurs de la Bretagne.

NB : Si vous voulez vous joindre en été à un «Tro-Breiz» adressez-vous aux : Chemins du Tro-Breiz. Place de l’Évêché. B.P. 118, 29250 St Pol de Léon. Tél. 02.98.69.11.80.

  1. Victoire de Clovis sur les Alamans : les Francs étaient divisés en deux peuples voisins mais alliés : les Francs saliens dont le roi était Clovis et les Francs ripuaires dont la capitale était Cologne et qui avaient Sigebert le Boiteux pour roi. Sigebert avait pour voisins les Alamans, une confédération de peuples germaniques, dont la vaillance équivalait celle des Francs. Les Alamans et les Francs ripuaires avaient souvent des incidents de frontière et multipliaient les pillages et les raids punitifs, mais il semble qu’en l’année 496, il subirent une vraie invasion et Sigebert appela Clovis à l’aide. Clovis répondit favorablement à son allié et leva une armée.
  1. Le Tro breiz (ou tro Breizh) est une appellation du 19ème siècle alors qu’originellement on disait : «Pèlerinage des septs Saints de Bretagne».

SAINT SAMSON DE DOL

485-565.   Fête le 28 juillet.

Aux V° et VI° siècle, les Bretons de Grande Bretagne, chassés par les Jutes, les Angles et les Saxons, se réfugient en Armorique qui devient la Bretagne. A leur tête des chefs militaires, mais surtout de saints moines, qui fondent les sept premiers évêchés de Bretagne : Samson de Dol, St Malo, St Brieux, St Tugdual de Tréguier, St Pol de Léon, St Corentin de Quimper et St Patern de Vannes.

Arrêtons-nous aujourd’hui sur St Samson de Dol. Samson naît vers 485 dans le Glamorgan, au Sud du Pays de Galles. Il manifeste de bonne heure de dispositions exceptionnelles pour la prière et la charité, aussi ses parents le conduisent-ils au monastère célèbre de St Iltud, Lanniltud. (Lann voulant dire Monastère).

Les chroniqueurs sont extrêmement élogieux sur Samson, qui éclairait paraît-il ses maîtres sur l’interprétation des textes difficiles de la Bible. Au couvent Samson a pour condisciples, Pol qui fondera St Pol de Léon et Gildas futur abbé de Rhuys. Samson a le don des miracles, et parle aux animaux comme le fera plus tard le Poverello d’Assise (1). Il ordonne en particulier aux oiseaux qui pillent les moissons du monastère de s’arrêter immédiatement et de venir poliment faire amende honorable et réclamer leur nourriture au couvent !

Samson reçoit la prêtrise puis se retire en Irlande où il vit en ermite. Sa réputation de sainteté s’étend. Aussi devant la pression des envahisseurs, les moines viennent le chercher pour prendre la tête d’une expédition en Armorique. En 548 une flottille de moines et de braves paysans gallois, arrive dans la baie qui deviendra celle du Mont Saint Michel, entre Rance et Couesnon.

Samson commence par guérir la femme et la fille d’un pauvre homme habitant une chaumière sur le bord du rivage. Plein de reconnaissance, Privatus, c’est son nom, donne alors à Samson ses terres. Les moines parcourent le pays triste et marécageux. Ils creusent un puits, établissent leur monastère et se mettent au travail : ils défrichent, plantent, prient, prêchent, développent le pays.

Le nord de l’Armorique s’appelle alors la Domnonée. Samson s’enquiert de l’état des lieux. Un usurpateur Conomor sème la terreur. Le moine n’hésite pas à demander l’aide du roi des Francs, Childebert fils de Clovis, pour rétablir sur son trône Judual le vrai seigneur de la Domnonée. Le prince reconnaissant écoute les conseils de Samson, gouverne avec sagesse, et fait toutes le démarches possible pour faire nommer Samson évêque de Dol. Le premier évêché de l’Armorique est alors créé. Le pays retrouve sa prospérité et la réputation de Samson s’étend non seulement en Armorique mais aussi en Gaule.

Childebert exprime le désir de revoir Samson, pour régler avec lui des affaires bretonnes. On trouve la signature de Samson en 557 au bas des Canons du troisième synode de Paris. Il prêche l’Évangile dans la basse vallée de la Seine, y fonde un nouveau monastère puis revient à Dol où il rend son âme à Dieu vers 565, après avoir choisi pour successeur Magloire, qui deviendra St Magloire.

(1) Francesco di pietro di Bernardone, dit Saint François ou San Francesco, est né près d’Assise en 1181. Sa vie fut fondée sur la pauvreté, comme l’ordre auquel il donna ses règles de vie et son nom : les franciscains.

SAINT MALO

520-621. Fête le 15 Novembre.

Nous continuons notre « Tro-Breiz » en nous dirigeant vers Saint Malo. Malo ou Maclou, est né vers 520, en Cambrie méridionale c’est à dire dans le Sud du Pays de Galles. Très jeune il est envoyé au monastère de Lancarvan, où il se distingue par sa piété et son goût pour l’étude.

Poussé par les envahisseurs, les moines et les habitants de plusieurs villages prennent la mer vers 550, voguent vers le Sud, et abordent à Cézembre. Ils s’y joignent à un ermite, Festivus, et fondent un monastère. Ils abordent ensuite dans l’île qui deviendra St Malo, puis fondent un nouveau monastère à Aleth. Les moines rayonnent dans toute la contrée, restaurent, évangélisent. Malo travaille aux champs comme ses frères. Il ôte sa coule (1) pour travailler plus à l’aise. Pendant ce temps, un roitelet pond un œuf dans le capuchon. Malo laisse alors sa coule en place jusqu’à ce que le couple de roitelets ait élevé sa nichée.

Pendant quarante ans, Malo et ses moines, consacrent toutes leurs forces à un apostolat actif qui porte ses fruits. Le pays peu à peu se transforme du point de vue matériel et religieux. Les habitants de Domnonée demandent au roi de conférer à leur apôtre la dignité épiscopale. Le successeur de Judual que Samson avait aidé à rétablir sur le trône, est Judaël. Il encourage Malo à accepter car cela lui permettra de faire plus de bien. Malo se rend à Tours où l’évêque de cette ville le nomme lui même évêque d’Aleth.

Cependant calomnié par des seigneurs jaloux, qui reprochaient en particulier à Malo des lopins de terre qu’il avait attribué à des malheureux, celui-ci doit fuir. Il s’embarque avec une trentaine de ses moines, contourne la péninsule Armoricaine et arrive en Vendée, où il est particulièrement bien accueilli par l’évêque du lieu : Léonce. Le Comte de Saintes et sa femme lui font don d’un territoire où il peut s’installer.

Tandis que la région de Saintes profite de la présence bénéfique de Malo, une sécheresse épouvantable, sévit autour d’Aleth. Nous sommes autour de l’an 600. Le roi Judicaël fils de Judaël, vient de succéder à son père. Il délègue une députation solennelle à Saintes, pour demander instamment le retour de Malo. Malo s’assure du vrai repentir de son peuple, prend le conseil de Léonce et retourne en Armorique, ou la pluie arrive avec lui, rendant à la terre sa fertilité. Le clergé et le peuple viennent au devant de lui, lui font fête et lui demandent pardon.

La prospérité revient autour d’Aleth. Mais voyant ses forces diminuer Malo retourne auprès de Léonce. En 621, très âgé, Malo reçoit les derniers sacrements de Léonce, puis rend son âme à Dieu. Apprenant la nouvelle et combien les miracles se multiplient sur la tombe de Malo, les habitants d’Aleth envoient une délégation pour réclamer les reliques du Saint. Ils les ramènent en procession depuis la Saintonge. Ils ne s’arrêtent pas à Aleth, mais dans l’île d’Aaron, devenue depuis Saint Malo où est vite construit une cathédrale autour de laquelle des habitations serrées s’élèvent vite.

La cité Corsaire de St Malo est née. Peuple de marins, d’intrépides aventuriers et de grands hommes qui feront parler d’eux : Duguay-Trouin, Jacques Cartier, Surcouf, entre autres.

(1) Vêtement monastique. C’est une ample chasuble dont les pans cousus ont formé les manches. Le capuchon qui y est attaché, appelé en latin cuculla, lui a donné son nom de coule.

SAINT POL DE LEON

480-572.       Fête le 12 mars.

Le fondateur de St Pol de Léon : Pol-Aurélien est contemporain de Samson et Magloire qui se sont établis à Dol, de St Gildas qui a fondé les monastères de Rhuys et de l’île de Houat. Tous ces hommes de Dieu ont vu le jour au Pays de Galles si bien que nous pouvons dire : « Nos ancêtres les Gallois ». Pol-Aurélien, comme ses compagnons, a été formé au monastère de St Iltud, au Sud du Pays de Galles. Il va convertir le roi Marc, roi de Cambrie, qui voudrait l’élever à la dignité épiscopale. Il refuse par humilité. Puis à l’invitation d’un ange, Pol s’embarque avec 12 moines, et ses familiers, vers l’Armorique.

Pol et ses compagnons abordent à Ouessant, dans le petit port naturel qui a gardé le nom de Lampaul, (Lann Pol, le monastère de Pol). Les moines y fondent un monastère, mais l’île étant déserte, il y restent peu de temps. Le groupe s’embarque de nouveau et arrive au fond de l’Aber-Vrac’h, à Plouguerneau, où un monastère est de nouveau établi. Les moines rayonnent dans toute la région, où de nombreuses églises sont encore actuellement dédiés à St Pol.

Avant de poursuivre son apostolat, le grand moine veut entrer en relation avec le Maître du lieu. Celui-ci s’appelle le Comte Withur, qui réside à l’île de Batz. La rencontre des deux hommes a lieu vers l’an 517-518 nous précise le biographe de Pol, Wormonoc. Voyant la sainteté de son interlocuteur, le comte Withur, lui parle d’un monstre qui ravage l’est de l’île. Ce monstre fait des dégâts considérables dans les troupeaux et s’attaque même aux enfants. Withur et ses guerriers s’étaient attaqué à lui, armés d’arcs de flèches et de javelots, sans succès. La légende se greffe toujours autour de la vie des grands Saints.

Comme le fera plus tard St François, Pol après avoir prié et jeûné, s’avance seul et sans armes vers le monstre marin. Celui-ci se redresse, fait entendre d’horribles sifflements. Le Saint l’apostrophe le comparant au démon dont il était l’image. Il prend l’étole qu’il portait autour de son cou, la noue autour du dragon, conduit celui-ci au bord de la falaise, et lui ordonne de se précipiter dans la mer. Le monstre s’y jette aussitôt, Pol ayant eu le temps de reprendre son étole. La tradition nous dit que c’est celle que l’on vénère toujours à l’île de Batz.

Revenu sur le continent Pol restaure l’ancienne ville gallo-romaine d’Occimor. Il convertit les brigands qui l’avaient investi, les enrôle dans son monastère, les forme à la piété et à l’apostolat, les embauche pour reconstruire la cité. Pol veut instruire et faire prier les moines dans les monastères puis les envoyer par petits groupes prêcher dans les campagnes environnantes.

Occimor devient St Pol de Léon, dont Pol sera le premier évêque. Le Comte Withur avait en effet demandé au roi Childebert de le faire investir évêque du Léon. St Pol rend son âme à Dieu vers 572. Une foule considérable vient l’honorer. Les miracles abondent. Un reliquaire conserve aujourd’hui ses restes dans la cathédrale de St Pol de Léon.

SAINT CORENTIN DE QUIMPER

46O-535.      Fête le 12 décembre.

Saint Corentin, l’un des sept saints fondateurs de la Bretagne, est le premier évêque de Quimper. Corentin est fils d’immigrés du Pays de Galles. Ses parents étaient arrivés dans le Sud Finistère au début du V° siècle, poussés par l’invasion des Saxons et des Angles. Ils s’étaient établis au confluent de l’Odet et du Steir. Confluent se dit en breton «Kemper». C’est ce nom que gardera la capitale de la Cornouaille. Corentin fait des études poussées pour son temps. Ordonné prêtre très jeune, il se retire dans la forêt de Német sur les pentes du Ménez-Hom. Remarqué par le roi Gradlon, Corentin devient son conseillé.

Or le roi Gradlon, était souverain de la Ville d’Ys. Nous entrons ici dans la légende ! La ville d’Ys dans la baie d’Audierne, était célèbre pour ses orfèvres, ses riches marchands, ses palais de marbre, ses jolies femmes parées de joyaux resplendissants. Le cœur des habitants s’était endurci, à l’exemple de la belle Dahut, la fille du roi Gradlon, qui s’imposait à la place de son père. Les pauvres étaient impitoyablement rejetés du palais. Dahut organisait chaque soir un festin pour un nouveau soupirant. Le matin à l’aube le jeune homme était précipité du haut des murailles dans la mer. Le roi Gradlon n’osait pas réprimander sa fille malgré les avertissements de St Corentin et de Guénolé son ami.

Un soir se présente un amoureux magnifique, dont on ne peut soutenir l’éclat des yeux. Il exige de Dahut de faire avec elle les sept lieues du tour des remparts de la ville, et de se faire expliquer le maniement des dix écluses, qu’on ouvre avec une clé d’or que le roi Gradlon porte toujours sur lui. La nuit, il oblige Dahut à voler la clé durant le sommeil du roi, s’en empare et aussitôt déclenche le drame. La ville est inondée. Ys va périr !

Corentin prévenu par un message divin, accourt chez le roi et lui dit : «Vite mon roi, à cheval, fuyons». « Sauvez-moi mon père » crie Dahut. Gradlon la prend alors en croupe, mais Corentin exige : «Rejette le démon assis derrière toi !». Gradlon hésite. Alors Corentin renverse Dahut avec la hampe de sa crosse. Corentin et le roi sont sauvés tandis que Dahut est submergée ainsi que la ville tout entière.

Corentin fonde ensuite un monastère, sur les terres données par le roi. Les moines y prient, défrichent, étudient l’Evangile, les Saintes Ecritures, et aussi les sciences de leur temps. La vie chrétienne se développe peu à peu dans les «plous» c’est à dire les paroisses fondées par les moines. La grande idée de Corentin est de former les moines à l’étude et la prière dans les monastères avant de les envoyer évangéliser les campagnes. Ils reviennent périodiquement se ressourcer. Gradlon songe vite à Corentin pour devenir le premier évêque de Cornouaille.

C’est à Tours que celui-ci se rend accompagné de Guénolé et de Tudy, pour recevoir la consécration épiscopale. Corentin rend son âme à Dieu, vénéré de tous vers 535 à environ 75 ans.

SAINT MELAINE  EVEQUE DE RENNES.

462-630.     Fête le 6 novembre.

Nous avons parcouru une partie du Tro-Breiz, en évoquant la vie de quelques uns des Saints fondateurs de la Bretagne. St Samson de Dol, St Malo, St Brieuc, St Tugdual de Tréguier, St Pol de Leon, St Corentin de Quimper, St. Patern de Vannes. Aujourd’hui évoquons Saint Melaine de Rennes, qui, sans faire partie du Tro-Breiz, n’en est pas moins un des grands saints bretons des V° et VI° siècles.

Au VI° siècle, tandis que la Gaule devient la France, avec l’invasion des Francs, l’Armorique devient la Bretagne après l’établissement des « Bretons » dans la province. Cependant seuls Patern de Vannes et Melaine de Rennes sont originaires d’Armorique. Melaine est né vers 462 dans la paroisse de Brains non loin de Redon. Il apprend le latin et les sciences de son temps avec un savant précepteur. Ses parents l’envoient ensuite auprès du comte de Rennes, Hoël I° avec qui il s’initie au maniement des armes, et aux arts martiaux. Mais il aime prier, étudier les écritures, secourir les malheureux. Il demande au roi son congé, accordé après bien de résistances.

Il entre dans un monastère où il prend l’habit. Il étudie théologie et philosophie. Après le IV° siècle, âge d’or des pères de l’Eglise, les idées et l’étude s’étaient répandues. En Gaule, c’était surtout avec Saint Martin de Tours et Saint Hilaire de Poitiers. Les travaux d’Hilaire sur la Trinité, et son adhésion au Concile de Nicée étaient bien connus. Melaine est ordonné prêtre vers 487. Bientôt élu abbé du monastère, il s’intéresse à tout : études, copie des manuscrits de la Bible, enluminures, formation des moines. Il envoie régulièrement ses moines prêcher dans les campagnes, organisant le « plous », les paroisses, baptisant, instruisant, groupant les paysans pour mieux mettre en valeur la région.

Sur ce, l’évêque de Rennes, Amand, tombe malade. Il fait appeler Melaine, reçoit le St Viatique de ses mains et l’exhorte à lui succéder. Melaine accepte non sans mal. Après la mort d’Amand, Melaine est consacré évêque en présence de Hoël et de toute sa cour. Melaine organise son évêché de façon dynamique et on pourrait dire moderne, car il forme des collaborateurs « laïcs » afin d’assurer les tâches administratives, réservant aux prêtres l’enseignement de la Parole, les offices, la prière, les sacrements. Il rémunère suffisamment ses collaborateurs afin qu’il ne soient pas tentés de malhonnêteté.

Melaine fait aussi fonction de juge, défendant les pauvres de son diocèse. Il fait aussi respecter les droits ecclésiastiques. En 507 le Pape, Symmaque, à la demande du roi Clovis, réunit un synode à Orléans. 33 évêques sont présents, en particulier Loup de Soissons. Melaine est du nombre. Sa réputation s’étend. Clovis le mande à Lutèce.

Melaine auréolé de ses multiples actions meurt à Brains dans son village natal, vers 530. Ses funérailles sont grandioses. Son cercueil est placé sur un bateau qui remonte la Vilaine jusqu’à Rennes. Une foule considérable accompagne le cortège en barques ou à pieds. Melaine est enterré auprès de ses moines dans l’actuel Thabor.

SAINT YVES HELORY.

1253-1303.      Fête le 19 MAI.

Au XIII°S. siècle, du temps de Saint Louis en France et des ducs Jean I° et Jean II en Bretagne, surgit Yves Hélory. Le grand Saint Yves, naît en 1253 au manoir de Kermartin, près de Tréguier. Yves est si doué, que ses parents l’encouragent à partir faire des études supérieures dès l’âge de 14 ans. Il n’y a pas d’université en Bretagne, aussi Yves et son ami Jehan de Kergoz de 10 ans son aîné, partent à Paris, baluchon sur le dos, et à pied, bien entendu. Ils s’inscrivent à la « Faculté des Arts », apprennent les règles de logique et la dialectique, c’est-à-dire la façon de raisonner à la manière de Platon. Ils y apprennent aussi les arts libéraux, c’est-à-dire sculpture, peinture, musique, architecture, poésie et gravure. Au bout de deux ans, les étudiants passaient l’examen appelé déterminance. Puis ils pouvaient obtenir la licence, et la maîtrise, comme aujourd’hui.

Yves, passé « Maître es arts » poursuit sa maîtrise en Théologie et Droit, à Paris jusqu’à 24 ans, puis part compléter sa formation juridique à Orléans durant deux ans. Les grands maîtres de l’époque sont Thomas d’Aquin, Albert le Grand et Bonaventure, qui deviendront trois grands Saints. Voici le témoignages d’un des compagnons d’étude d’Yves, Raoul Portier : « J’ai vu et connu Messire Yves à Paris où il étudiait la théologie et le droit. Yves ne couchait pas dans son lit, mais à terre sur un peu de paille. La portion de viande qu’on lui servait à table, il la donnait toute entière aux pauvres. Il participait souvent à la messe et priait beaucoup ».

En 1278 Yves de Kermartin a près de 25 ans. Il vient d’étudier 10 ans à Paris et Orléans. Il est nommé comme Official à Rennes. L’Official était le juge ecclésiastique qui d’après la procédure de l’époque avait aussi à juger de très nombreuses affaires civiles. C’était un poste éminent de la magistrature. Or Yves aspire à une perfection absolue. Il jouissait d’un revenu non négligeable pour l’époque. Mais il donnait tout aux pauvres, aidait des étudiants démunis. Or l’évêque du diocèse de Tréguier, Alain de Bruc, réclame Yves à Tréguier et le nomme son Official. Il le nomme aussi recteur de Trédrez, puis de Louannec. Yves adopte un grand manteau de bure blanche et dédaigne le bel habit fourré des magistrats. « Yves est plein de pitié pour les pauvres. Il les invite à déjeuner, leur distribue du pain des légumes, des fèves. Il les sert lui-même et s’assied au milieu d’eux. Un jour qu’il avait distribué tous ses pains survient un pauvre malpropre couvert de haillons. Yves le fait asseoir à sa table et manger dans son plat. Quand le pauvre eut mangé, en sortant, il parut d’une beauté surprenante et revêtu de lumière si bien que toute la maison en fut éclairée. Yves répandit des larmes disant que le messager de Notre-Seigneur était venu le visiter.»

Yves mène une vie exemplaire. Sa réputation se forge surtout par l’exercice de sa double profession : Juge et avocat. « Messire Yves plaidait gratuitement pour les pauvres, les mineurs, les veuves. Il soutenait leurs causes, les défendait. »

Des vers célèbres dépeignent St Yves : « Sanctus Yvo erat Brito, Advocatus et non Latro, Res Miranda populo ». (St Yves était breton, avocat et non voleur, ce qui étonnait le peuple). Yves meurt en 1303.

Le Duc Jean III insiste auprès du pape pour sa canonisation qui a lieu en 1347, après un procès minutieux que nous possédons encore en entier.

SAINT MARTIN DE TOURS. L’APOTRE DES CAMPAGNES

316-396.       Fête le 11 novembre

Des centaines de paroisses ont St Martin pour patron, dont la nôtre à Betton. Martin est un des noms de famille les plus communs. Sans compter le prénom ! Pourquoi donc cette dévotion à St Martin ? Essayons de répondre.

Martin, né en 316, à Sabaria en Panonie (près du lac Balaton en Hongrie actuelle), retourne avec ses parents à Pavie d’où son père, tribun militaire de l’empire romain est originaire. Enrôlé de force à 15 ans dans l’armée romaine, Martin est nommé dans la «Scholae impériales » c’est-à-dire la garde impériale qui réside à Amiens proche de la frontière. Réveillé à la trompette, il doit maintenir l’ordre dans la cité et protéger tous les grands personnages. C’est à Amiens en 335, que Martin fervent catéchumène, rencontre à la porte de la ville, lors d’un hiver particulièrement rigoureux, un pauvre grelottant, demandant l’aumône. Martin prend son épée et partage sa chlamyde (1). Il en couvre le pauvre hère ! Geste symbolique immortalisé par une multitude de peintures et de sculptures dans les églises de France. La nuit suivante Martin voit en songe, le Christ lui-même revêtu de son manteau. Martin se fait baptiser cette année là.

En 352 les barbares menacent les frontières. L’Empereur Julien réunit sa garde. Martin le supplie de lui rendre sa liberté. Il veut servir le Dieu suprême. L’empereur insinue la peur chez son soldat. Celui-ci propose alors de se tenir seul devant l’armée ennemie, sans armes, sous la seule protection du signe de la croix. Les Germains se rendent devant ce seul combattant ! Quelle victoire ! Quatre ans plus tard il est libéré de l’armée après 25 ans de service, le temps prescrit. Il a quarante ans.

Martin part pour Poitiers, où rayonne l’évêque Saint Hilaire. Celui-ci combat avec acharnement l’hérésie arienne, qui nie la divinité du Christ. Un nouveau combat pour notre ancien soldat. Son arme sera dorénavant la prière. Il fonde le Monastère de Ligugé non loin de Poitiers sur l’emplacement d’une ancienne villa romaine en ruines, où de nombreux moines viennent rapidement l’entourer. Il y est ordonné prêtre. Sa réputation de sainteté s’étend. Il guérit des malades et même ressuscite un jeune catéchumène. Aussi, à la mort de l’évêque de Tours, Martin est-il porté littéralement par la foule, puis élu par la « Vox populi », évêque de cette ville. Martin se sent dépositaire de la volonté de Dieu. Il continue autant que possible sa vie monacale en fondant en 372 Marmoutier sur les bords de la Loire, près de Tours. Le grand monastère qui n’était à l’origine que des abris troglodytiques, compte rapidement quatre-vingt moines.

Martin à la tête de cette nouvelle “armée”, forme ses moines, les instruits, et les établit par petits groupes dans les paroisses qu’il fonde. Les moines reviennent régulièrement se ressourcer par l’étude et la prière.

L’évêque devient l’apôtre des campagnes, où vivent à cette époque, les plus pauvres et les plus ignorants. Inlassablement il parcourt le territoire, empruntant non les voies romaines, mais les chemins gaulois, pour atteindre les plus isolés. Il devient grand prédicateur et thaumaturge, grand priant surtout. Il parcourt non seulement la Touraine mais une grande partie de la Gaule. Il lutte contre les idoles domestiques, et détruit les temples païens. Il va jusqu’à Trêves voir l’Empereur Maxime.

Martin meurt le 8 novembre 397 à environ 80 ans, à Candes, au sud de Tours, en visite pastorale. Ses funérailles émouvantes et triomphales rassemblent une immense foule, venant des villes et des campagnes, sans oublier 2000 moines de la région, nous dit son biographe Sulpice Sévère.

(1) Il s’agit d’un manteau d’une seule pièce de tissu rectangulaire sans coutures comportant une attache sur l’épaule droite ce qui laisse le bras dégagé. Originaire de la Grèce antique, elle est portée par les romains jusqu’au moyen âge.

NOMINOE Le premier duc breton

~800 - 851

Pépin le Bref en 752, puis son fils Charlemagne en 786 et 799 entreprennent des expéditions en Bretagne et réussissent à la soumettre. Cependant de nombreuses révoltes des « irréductibles » ruinent le pays, en particulier celle de Morvan, réprimée farouchement en 818.

Le fils de Charlemagne, Louis le Pieux, nomme un jeune breton, Nominoë, comte de Vannes, puis en 819, gouverneur de toute la Bretagne.

Nominoë, rassemble les Bretons, les organise, les discipline, rétablit la paix. Il soutient l’implantation d’un important monastère à Redon. L’abbé Convoïon adopte la règle de Saint Benoît, et donne grand renom à ce monastère, dont le Cartulaire (1) est toujours source historique essentielle pour notre région, de nos jours.

Nominoë, grand ami de Convoïon, obtient le don de plusieurs paroisses autour de l’Abbaye, de la part de l’Empereur d’Occident, Louis le Pieux. Cette abbaye étend son influence et devient un rempart plus solide qu’une forteresse, pour toute la Bretagne. Les moines s’attaquent à la grande forêt, et créent de belles cultures, des plantations d’arbres, des vignes, de beaux pâturages, et d’abondantes moissons, nous disent les archives.

Nominoë est fidèle à l’Empereur, et le sert de son mieux. Il est très affecté par l’attitude des fils de Louis, qui emprisonnent leur père et luttent contre lui. Aussi à la mort de Louis le Pieux, en 840, Nominoë se sent délié de sa promesse, d’autant que les trois fils de Louis, se partagent l’Empire, en 843 au traité de Verdun.

Charles le Chauve, obtient la partie ouest qui deviendra la France, Lothaire devient roi d’Italie et de Lorraine, Louis s’octroie l’Allemagne et la Bavière.

Nominoë soutient dans un premier temps Charles le Chauve puis entre en rébellion ouverte contre l’administration franque. Dans sa volonté d’assurer l’autonomie de la Bretagne face au royaume franc, il s’allie avec Lambert II de Nantes, fils du précédent comte de Nantes mais non-confirmé dans cette charge par Charles le Chauve..

Le roi Charles doit reconnaître l’autorité de Nominoë en 846 à la suite des batailles de Messac (843) et de Ballon (845). Nominoë, pour se faire reconnaître maître de la Bretagne, doit être intronisé par les évêques de la région. L’Abbé de Redon, Convoïon, l’aide de tout son pouvoir pour obtenir la majorité de l’adhésion des évêques. En 848 Nominoë, convoque les Contes, les Mactierns, c’est dire les chefs de régions, le clergé régulier et séculier, les Abbés des monastères à la Métropole de Dol, pour la cérémonie de son couronnement. Sept évêques prennent part à la fête : les évêques de Dol, Saint Malo-Aleth, Léon, Quimper, Vannes, Saint Brieuc et Tréguier.

Battu trois fois par les Vikings, Nominoë doit traiter avec eux pour qu’ils s’éloignent de Bretagne. Deux ans après, il s’empare d’Angers et des pays voisins. A cause de la défection de Lambert II de Nantes, il envahit ensuite Nantes et Rennes en 850, lance des raids sur le Bessin et le Comté du Maine.

Nominoë meurt subitement au cours d’une lutte en profondeur dans le comté de Chartres, le 7 mars 851 près de Vendôme, après avoir conquis le Maine et l’Anjou. Il est inhumé dans l’abbaye Saint-Sauveur de Redon.

(1) Un cartulaire est un recueil de copies des documents établis par une personne physique ou morale, qui transcrit ou fait transcrire dans un ouvrage, des titres relatifs à ses biens, ses droits et les textes concernant son histoire ou son administration, pour en assurer la conservation et en faciliter la consultation.

LA GUERRE DE SUCCESSION DE BRETAGNE

Le combat des trente -  BEAUMANOIR 1310 - 1367

En 1341 le duc Jean III de Bretagne meurt sans héritier. Peuvent lui succéder les descendants de son père Arthur II : Jeanne de Penthièvre et Jean de Montfort. La guerre de succession de Bretagne commence. Jeanne de Penthièvre était la mieux placée pour hériter du Duché, étant fille du premier mariage d’Arthur II. Mais Jeanne était une femme et Jean de Montfort fait valoir ses droits, alors qu’en Bretagne les filles ont toujours pu hériter.

Le mari de Jeanne de Penthièvre, Charles de Blois, est le propre neveu du roi de France Philippe VI de Valois. Il demande donc à son oncle de l’aider dans son combat, tandis que Jean de Monfort, élevé en Angleterre et ami du roi Edouard III, demande bien sûr aide à ce dernier, si bien que la guerre de succession de Bretagne devient aussi une lutte entre la France et l’Angleterre et donc un épisode de la guerre de cent ans.

En 1347, les anglais avaient envahi une partie de la Bretagne. L’armée de Charles de Blois, sous le commandement de Beaumanoir (1) est concentrée autour de Josselin. En se rendant à Ploërmel, Beaumanoir aperçoit des groupes de paysans, qui, n’ayant pu payer leurs droits, circulent les fers aux pieds, sous le fouet des soldats anglais.

-« C’est un grand péché à vous, chevaliers d’Angleterre, s’écrie Beaumanoir au chef de l’armée Anglaise, Bembro, Vous tourmentez le menu peuple. Assez de souffrances ».

-« Taisez-vous Beaumanoir ! Demain Jean de Montfort sera duc de Bretagne et Edouard III d’Angleterre sera roi de toute la France ».

Beaumanoir reprend : -« Il faut nous rencontrer à un jour fixé, au nombre de 30 de chaque côté et nous battre loyalement. On verra de quel côté est le droit ».

-« J’accepte dit Bembro. Nommez vos champions, je nommerai les miens. Le lieu de la rencontre sera le chêne de Mie-voie, à moitié route entre Ploërmel et Josselin ».

La date est fixée au Samedi 26 mars 1351. Les conditions de la lutte sont celles du « Combat à volonté » c’est-à-dire que chacun des 60 chevaliers a toute liberté de se battre à pied ou à cheval, avec les armes qu’il voudra.

Du côté breton voici les noms de quelques-uns des héros: Jean de Tinténiac, Robin Raguenel de St Yon, Le Sire de la Villéon, Guillaume de Montauban. Tous bretons pur race. Du côté anglais des aventuriers allemands étaient mêlés aux capitaines anglais. La bataille nous est contée par le chroniqueur Froissart :

Le matin, tous les bretons se confessent, reçoivent l’absolution et assistent à la messe. Au signal donné c’est la mêlée indescriptible, jusqu’à l’heure de midi, où « chacun en sa bouteille, vin d’Anjou y fut bon. » La mêlée reprend vite et Bembro est tué, ce qui désorganise un peu ses troupes.

La terre est couverte de sang. Beaumanoir est gravement blessé. Il demande à boire, ce qui lui vaut la réplique célèbre que Geoffroi du Bois lui lance: « Bois ton sang Beaumanoir, la soif te passera ».

Les anglais se défendent avec une énergie farouche. Guillaume de Montauban fait mine de se retirer, mais il saute sur son cheval et se précipite sur le carré anglais. Cette folle tentative réussit. Les bretons s’élancent dans la brèche. C’est la victoire. Les anglais se rendent. Ils sont faits prisonniers. Les vainqueurs rentrent triomphalement à Josselin. C’était le 26 Mars 1351.

(1) Jehan de Beaumanoir, né en 1310, a épousé Marguerite de Rohan, fille d’Alain VII de Rohan et veuve du Connétable de Clisson. Il sera l’un des compagnons de du Guesclin. Il participe, en 1365 en tant que négociateur au traité de Guérande, et la paix faite, reçoit du vainqueur le titre de maréchal de Bretagne. Il décèdera en l’an 1367.

GUERRE DE SUCCESSION DE BRETAGNE

BERTRAND DU GUESCLIN   1320 - 1380

Le combat des Trente, n’a pas eu le résultat escompté. La lutte continue entre Jeanne de Penthièvre, la petite fille du duc Artur II par sa première épouse, et Jean de Montfort petit-fils également du duc Arthur II par sa seconde épouse.

Les anglais, partisans de Jean de Montfort, ne se sentent nullement atteints par leur défaite. Ils continuent à exploiter le petit peuple breton. Les partisans de Charles de Blois époux de Jeanne de Penthièvre, avec pour chef Beaumanoir, veulent à tout prix redonner espoir à la population. C’est alors que commence une autre phase de la guerre de succession, où va intervenir un grand personnage : Bertrand du Guesclin.

Bertrand du Guesclin naît au château de la Motte-Brons près de Dinan vers 1320. Son père, Robert du Guesclin possède sur ses terres le droit de haute justice. Robert du Guesclin et sa femme Jeanne de Malemains ont 4 fils et 6 filles. Bertrand est l’aîné, il est particulièrement laid, n’est pas aimé par sa mère, ni même par son père, ce qui est pour lui une grande souffrance et le rend agressif.

Un jour de fête, il était alors encore tout jeune, sa mère sert d’abord, pendant le repas ses frères et sœurs, tandis qu’il est relégué à l’écart. Brusquement Bertrand se lève et s’écrie : « Rendez-moi ma place, c’est à moi d’être servi le premier ». Sur ce, entre dans la grande salle, une religieuse, venue soigner la mère de Bertrand. Témoin de la scène, elle adresse au garçon de bonnes paroles, et dit à la mère étonnée :

-« Dame, cet enfant surpassera en gloire tous ses ancêtres. Il n’aura pas son pareil, sera comblé de tant d’honneur par les fleurs de lys (c’est-à-dire les rois de France) qu’on parlera de lui jusqu’à Jérusalem ». La figure de Bertrand s’éclaire. Il fait asseoir la religieuse et la sert lui-même à table.

A partir de cette date, sa mère traita mieux notre héros. Cependant Bertrand restait indomptable. Son bonheur était d’organiser des batailles rangées entre tous les petits garnements de la paroisse, jusqu’à 40 ou 50 ! Malgré les interdictions Bertrand continue ces batailles d’où les enfants reviennent souvent blessés et bien sûr déchirés.

Quelques années plus tard, en 1337, Bertrand vient à Rennes pour assister aux joutes données sur la place des Lices, en l’honneur du mariage de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre. Il brûle d’envie de participer aux tournois. Il aperçoit un de ses cousins, qu’il reconnaît à ses armes. Bertrand le supplie de lui prêter armure et cheval. Le cousin accepte. Voici notre Bertrand armé de toutes pièces qui entre en lice la visière baissée. Un gentilhomme le provoque. Bertrand se précipite, fait sauter le heaume de son adversaire, et le renverse de son cheval. Une douzaine de jouteurs se suivent et sont vaincus par Bertrand. Se présente un chevalier que Bertrand reconnaît à ses armes. C’est son père. Bertrand refuse la lutte en baissant la pointe de sa lance. Mais lorsque d’autres champions se présentent ils subissent le sort des premiers. Bertrand gagne 16 combats de suite, lorsqu’un chevalier Normand réussit à relever sa visière. On le reconnaît. La foule lui fait un triomphe. Son père se jette dans ses bras et lui dit :-« Cher fils, soyez sûr que désormais je ne vous traiterai plus vilainement. Je vous donnerai chevaux de prix et argent à volonté, puisque aujourd’hui vous m’avez fait tant d’honneur ».

La guerre de succession de Bretagne éclate quatre ans plus tard. Du Guesclin prend le parti légitime de Charles de Blois et de Jeanne de Penthièvre à qui il donne sa foi.

Il dirige un certain temps une guerre de partisans contre les anglais, qui avaient pris parti, pour de Jean de Montfort, le rival de Jeanne de Penthièvre.

Un jour, manquant de tout pour ses hommes, il crochète l’armoire de sa mère et s’empare de ses bijoux, lui jurant qu’il lui en rendrait la valeur au centuple ; il tint d’ailleurs parole. Il se dirige vers le château des Fougerets, entre Châteaubriant et Redon. Le capitaine anglais commandant cette forteresse est absent. Du Guesclin rassemble ses hommes dans la forêt voisine. Ils se déguisent en bûcherons, hommes et femmes, et mettent d’importants fagots sur leur dos. Ils offrent à la garnison du château du bois de chauffage. Les anglais, ayant besoin de bois, sont peu méfiants. Le portier reçoit enfin l’ordre d’abaisser le pont-levis. Pour que tous puissent passer, Bertrand décharge ses fagots de façon à empêcher le pont de se redresser. Puis sortant son épée d’un fagot, il pousse son cri : «Notre-Dame Guesclin ! ». Tous ses partisans se précipitent sur les soldats anglais, qui sont une bonne centaine, sans compter toute la domesticité qui savait se battre : cuisiniers, panetiers, palefreniers, alors que les combattants de Bertrand ne sont qu’une trentaine. Du Guesclin est si vindicatifs et si entraînant, que la bataille fait rage toute la journée, et le château est pris.

En 1354 du Guesclin réalise un autre exploit non moins glorieux. C’était pendant la semaine sainte, au mois d’avril au château de Montmuran, près de Bécherel. La Dame de ces lieux, Jeanne de Combourg, veuve du sire de Tinténiac invite un ami de Charles de Blois, le maréchal d’Andrehem, venu en renfort, à un grand repas. Ses troupes pourraient alors se reposer dans les dépendances du château. Du Guesclin, invité avec, le maréchal, soupçonne le général anglais, le Duc de Calverley cantonné non loin de là, de profiter de cette invitation pour attaquer Bretons et Français. Prévenant ses hôtes, il poste une trentaine d’archers dans un détour de la route, pour arrêter les assaillants éventuels, et donner l’alarme. Il prépare les autres hommes à une attaque éventuelle. Les prévisions de notre héros sont exactes. Les anglais sont mis en déroute. Calverley lui-même est fait prisonnier.

Un chevalier du pays de Caux, Elastre des Marès, châtelain de Caen, est si émerveillé de la perspicacité et de la bravoure de du Guesclin, qu’il lui donne l’accolade et l’arme chevalier sur le champ. Le festin peut finalement avoir lieu au cours de la nuit, et quel festin ! La promotion de du Guesclin à la chevalerie est pour lui un évènement considérable et le départ d’une nouvelle destinée. Il fera souvent retentir son cri dans les combats «Notre-Dame Guesclin ! ».

Il épouse à Dinan, en 1353 la belle Tiphaine Raguenel, présentée à Bertrand par Charles de Blois. Elle est la fille de Guillaume Raguenel vicomte de la Bellière et de Jeanne de Dinan. Thiphaine est douée de toutes les qualités de l’esprit et du cœur. Cet amour réciproque est pour l’un et pour l’autre un grand réconfort au cours de leur vie où ils seront si souvent séparés. Malheureusement ils n’ont pas d’enfants. Tiphaine mourra à 45 ans en 1373, à la grande douleur de du Guesclin. Elle est enterrée à Dinan dans l’église des Jacobins.

Cependant la guerre de succession de Bretagne continue avec acharnement. En effet, en 1355 Edouard III d’Angleterre nomme à la tête de son armée Anglo-Bretonne le duc de Lancastre, fier capitaine, qui va s’attaquer énergiquement à l’armée de Charles de Blois. Celui-ci désigne Bertrand du Guesclin à la tête de son armée. Les hostilités reprennent alors au grand dam de la population bretonne.

Cette lutte entre Jean de Montfort et Jeanne de Penthièvre, continue jusqu’au jour de la Saint Michel 1364, où une bataille rangée a lieu devant la chartreuse d’Auray le long de la rivière le Loch. Bertrand du Guesclin est le champion de Charles de Blois, époux de Jeanne de Penthièvre. Chandos est celui du roi d’Angleterre soutenant Jean de Montfort. Le combat est acharné jusqu’à ce que Charles de Blois, tombe mort. Du Guesclin s’écrie : « Le plus vaillant homme de ce siècle est mort. Je n’estime plus ma vie deux sous. » La guerre est finie. Jean de Montfort est nommé Duc de Bretagne sous le nom de Jean IV. Jeanne de Penthièvre quitte momentanément la Bretagne et part chez sa fille mariée au Duc d’Anjou, frère du roi de France.

Pendant ce temps « Il y a grande pitié au Royaume de France » Le XIV° siècle y est terriblement triste. Philippe VI de Valois et son fils Jean le Bon, subissent les terribles défaites de Crécy en 1346, Calais en 1347 et Poitiers en 1356. Jean le Bon est fait prisonnier et cède tout le sud-ouest de la France au roi d’Angleterre. Charles V lui succède en 1364, l’année même de la fin de la guerre de Bretagne. Charles V s’attache Bertrand du Guesclin, homme de guerre exceptionnel. Il l’envoie d’abord lutter contre le roi de Navarre, Charles le Mauvais, qui voulait devenir roi de France. Bertrand reprend d’abord Melun, Mantes, et Melan sur la Seine, toujours au cri de «Notre-Dame Guesclin ! » qui galvanisait ses partisans. A Cocherel, Bertrand remporte la victoire décisive qui rend une partie de la Normandie à la France. Charles V apprend la nouvelle alors qu’il est encore à Reims pour son sacre. Il fait chanter un magnifique Te Deum, et se rend immédiatement à Rouen, féliciter du Guesclin. Il le nomme : Maréchal de Normandie, Seigneur de Pontorson, Comte de Longueville. La paix est conclue momentanément avec l’Angleterre.

A cette date en 1354 de nombreux soldats sans foi ni loi, qui n’ont connu que la guerre, parcourent les campagnes ruinant les paysans. On les appelle les “Grandes Compagnies”. Ils viennent de partout et sèment la terreur. Charles V charge du Guesclin de le débarrasser de ces Brigands. A ce moment, Henri de Transtamare demande au roi de France de l’aide, pour châtier son frère, Don Pedro le cruel, roi de Castille qui avait même assassiné sa propre femme. Du Guesclin groupe et ordonne les grandes compagnies, part pour la Castille, conquiert Tolède, et Séville. Don Pedro doit s’enfuir et laisser son frère Don Henri de Transtamare devenir roi de Castille. Bertrand du Guesclin revient en France fêté et honoré par tous. Charles V le nomme Connétable de France, Chef des armées, le titre le plus glorieux qui soit. Le Connétable reçoit l’épée fleurdelisée des mains du roi lui-même.

Il faut réorganiser l’armée et la marine : fonder une armée de métier, payer les soldats en temps de paix, exiger d’eux une discipline rigoureuse. Bertrand du Guesclin et Charles V mettent au point des tactiques nouvelles et adaptent mieux les armes en particulier les arcs. Les résultats sont spectaculaires. Le Connétable reconquiert pour son roi, une grande partie des possessions anglaises.

En 1380, il rend son âme à Dieu au milieu des pleurs de toute la nation. Le roi Charles V, ordonne que du Guesclin soit enterré dans la basilique Saint Denis à côté des rois de France.

Mais la guerre de succession de Bretagne continue avec acharnement avec la nomination par le roi d’Angleterre de son cousin le duc de Lancastre à la tête de son armée Anglo-Bretonne.

Lancastre vient assiéger Rennes en 1356. Il entoure la ville par un blocus rigoureux. Les anglais creusent un tunnel sous la ville. Mais Penhouët le gouverneur de la ville, réussit à déceler le trajet du tunnel. Il fait creuser ses hommes au pied de l’église Saint Sauveur. Ils découvrent le tunnel, et massacrent une partie des assaillants.

Les anglais font venir tout un troupeau de porcs pour nourrir les assiégeants. Penhouët a l’idée de suspendre par les pieds la seule truie qui lui reste, au-dessus du pont-levis de la porte Mordelaise. La bête pousse des cris affreux. Tous les pourceaux accourent alors. Le pont-levis est baissé juste le temps pour tous les porcs de s’engouffrer dans la ville. Le siège peut maintenant être soutenu, d’autant que Bertrand du Guesclin harcèle les Anglais à l’extérieur, avec tant de ruse et d’acharnement que le siège est enfin levé en juillet 1357.

ROBERT   SURCOUF

1773 - 1827

Surcouf, ce nom seul fait rêver ! Surtout lorsqu’on se promène sur les remparts de St Malo, et que l’on croise tour à tour, la statue de Dugay-Trouain, celle de Jacques Cartier, puis celle de Surcouf, la main sur le pommeau du sabre, la tête tournée vers la ville comme pour inviter les malouins à entreprendre une nouvelle course.

Robert Surcouf de Boisgris, naquit à St Malo, en 1773. Il est de 5 ans plus jeune que Chateaubriand. Enfant terrible, il sillonne, gamin, la côte de Cancale à St Malo, sur de petits rafiots empruntés, avec ou sans permission, aux marins pêcheurs. Il est surtout heureux les jours de tempête où il risque cent fois de chavirer. Mais il devient vite d’une habileté extrême au maniement de la barre et des voiles.

Il s’engage dès treize ans comme volontaire sur « l’Aurore » en partance vers les Indes. Il laisse sa mère en larmes et surtout son amie d’enfance, Marie-Catherine Blaize. «Ne m’oubliez pas» dit Robert «Non, jamais » répond Marie-Catherine fermement. Et elle tiendra parole. En 1787 il embarque comme apprenti navigant sur « le Héron », caboteur de commerce.

À vingt ans, il est déjà capitaine de « La Créole » qui fait le trafic d’esclaves. En 1794, il est enseigne de vaisseau, faisant fonction de second sur la frégate la « Cybelle » dans l’océan Indien. Nommé officier sur « Le St Antoine », le lieutenant St Pol, lui apprend les mathématiques, les courants marins, l’usage du sextant et du compas.

Appelé au commandement de « l’Emilie », en 1795, il arpente les Brasses du Bengale, c’est à dire le golfe de Calcutta. Il intercepte nombre de navires anglais en particulier « Le Triton », cinq fois plus gros que lui. Il le maîtrise à l’abordage, avec 19 français contre 150 anglais. Son retour dans l’île de France (l’actuelle île Maurice) est triomphal !

Revenu sur la mère Patrie, il se précipite à Paris pour obtenir du Directoire la « Lettre de Marque » (1), lui permettant d’agir en vrai Corsaire. C’est alors sur « La Clarisse » en 1798 et surtout sur « La Confiance » en 1801 que Robert va devenir le fameux Surcouf.

Avec « La Confiance », Surcouf rejoint à nouveau les Brasses du Bengale. Il a un tel succès, que l’on signale le petit navire sur toutes les côtes de l’Inde. La tête de Surcouf est mise à prix une montagne d’or. « La Confiance » est un trois mats léger, armé de 18 canons. Sa coque est noire, tranchée par la bande jaune de la batterie. Le 28 janvier 1801, « La Confiance » se trouve en face du « Kent », navire Anglais de la Compagnie des Indes, 53 mètres de long, armé de 38 pièces, bondé de troupes : 437 hommes à bord, contre 130 hommes sur « La Confiance ». Surcouf, par une manœuvre extrêmement habile et rapide aborde le « Kent » sur tribord, rendant inutile ses canons. Les grappins sont lancés. Les corsaires de Surcouf se lancent armés jusqu’aux dents, sur le pont du « Kent ». C’est un carnage indescriptible pendant trois heures. Un gabier lance une grenade sur le capitaine du « Kent ». Privés de leur chef, les matelots se rendent. Surcouf empêche ses hommes de piller et surtout de brutaliser les passagères. La prise du « Kent » est le plus grand exploit réalisé sur mer. C’est aussi un grand exploit de ramener à La Rochelle, où il entre le 13 Avril 1801, l’or et la riche cargaison du « Kent ».

C’est la gloire à 28 ans. A St Malo, Surcouf se précipite chez l’armateur Blaize pour redemander la main de Marie-Catherine. Ils se marient le 18 mai 1801 avec faste et bonheur. Ils eurent cinq enfants.

Fin 1812, Robert Surcouf arme le « Renard », petit cotre de 70 tonneaux. En septembre 1813, il affronte la goélette anglaise « Alphéa » dans un violent combat dont il sortira victorieux mais au prix de nombreux morts. Ce sera son dernier combat corsaire.

A 36 ans Surcouf abandonne la course. Il devient un armateur riche et considéré, associé à son beau-père, avec le titre de Baron.

Il meurt le 8 Juillet 1827, à 54 ans, regretté de tous. Sur sa tombe cette épitaphe : « Un célèbre marin a fini sa carrière, Il est dans ce tombeau, à jamais endormi, les matelots sont privés de leur père, les malheureux ont perdu leur ami ».

(1) Les lettres de marque ont leur origine dans la pratique au Moyen Age d’autoriser des représailles en cas de déni de justice. La victime d’un vol en mer avait le droit de reprendre ses propres biens, ou l’équivalent, sur son agresseur, ses parents ou ses amis. Au temps de Louis XIV, et plus tard, les lettres de marque étaient des autorisations officielles invitant les corsaires à lancer des raids sur les navires marchands de pays concurrents.

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